Mounjaro et ménopause : ce que disent vraiment les données

Mounjaro et ménopause : chez les femmes ménopausées de l’essai SURMOUNT-1, le tirzépatide (Mounjaro) a fait perdre 23 % du poids corporel contre 3 % sous placebo, un résultat proche de celui des femmes non ménopausées (26 % contre 2 %), selon une analyse post hoc publiée dans Obesity en 2025. La ménopause n’annule donc pas l’efficacité mesurée du traitement, mais les données sur le muscle, l’os et les traitements hormonaux restent bien plus minces.

Mounjaro et ménopause : que montrent les études chez les femmes concernées ?

Vous avez peut-être entendu dire que la ménopause rendait les traitements amaigrissants moins efficaces. Pour Mounjaro, l’analyse la plus précise dont on dispose dit autre chose : en fin de traitement, la perte de poids moyenne des femmes ménopausées de SURMOUNT-1 (23 %) était proche de celle des femmes en préménopause (26 %) et très supérieure à celle du placebo (3 %). Elle prolonge les résultats des études cliniques de Mounjaro, dont SURMOUNT-1 est l’essai pivot.

Cette analyse, signée par Tchang et ses collègues dans Obesity, reprend les femmes de trois essais du programme SURMOUNT (1, 3 et 4). Elles ont été classées après coup en préménopause, périménopause ou postménopause, puis comparées selon qu’elles recevaient du tirzépatide (15 mg ou dose maximale tolérée) ou un placebo. Voici le détail pour SURMOUNT-1, chez des femmes en obésité ou en surpoids, sans diabète de type 2.

Stade reproductif Poids : tirzépatide Poids : placebo Tour de taille : tirzépatide Tour de taille : placebo
Préménopause −26 % −2 % −22 cm −4 cm
Périménopause −23 % −3 % −20 cm −5 cm
Postménopause −23 % −3 % −20 cm −4 cm
SURMOUNT-1, analyse post hoc par stade reproductif (Tchang et al., Obesity, 2025, PMID 40074721). Valeurs arrondies telles que publiées dans le résumé.

Autre repère de cette analyse : dans les trois stades, 97 à 98 % des femmes sous tirzépatide ont perdu au moins 5 % de leur poids, contre 29 à 33 % sous placebo. Et parmi celles dont l’IMC de départ était inférieur à 35, 30 à 52 % ont atteint un rapport tour de taille/taille de 0,49 ou moins, le seuil retenu par les auteurs pour une adiposité centrale faible.

Ces chiffres demandent une lecture prudente. Il s’agit d’une analyse post hoc, donc non prévue au protocole initial, dont les auteurs comptent des salariés d’Eli Lilly, le fabricant de Mounjaro. Les doses (15 mg ou dose maximale tolérée) ne sont pas celles de toutes les patientes, ce qui explique en partie qu’elles dépassent les moyennes de SURMOUNT-1 dans le New England Journal of Medicine (−15,0 %, −19,5 % et −20,9 % pour 5, 10 et 15 mg, population mixte). Les deux séries ne se comparent pas directement.

Pour le sémaglutide (Wegovy, Ozempic), la Société espagnole de ménopause estime que c’est la molécule qui dispose du plus de données propres à la ménopause, mais que ces données restent limitées et surtout observationnelles. Nous n’avons pas pu vérifier de chiffre fiable pour les femmes ménopausées : nous n’en citons donc aucun.

Pourquoi le poids et la composition corporelle changent-ils à la ménopause ?

À la ménopause, ce n’est pas tant le chiffre de la balance qui bouge que sa composition : la masse grasse augmente plus vite et la masse maigre, dont le muscle, diminue. Dans la cohorte américaine SWAN, suivie par absorptiométrie (DXA), le rythme de prise de masse grasse a doublé au début de la transition ménopausique, tandis que la masse maigre déclinait, et cela jusqu’à deux ans après les dernières règles.

Les auteurs, Greendale et ses collègues dans JCI Insight (2019), ajoutent un détail utile : le poids total, lui, n’a pas accéléré au moment de la transition, puis s’est aplati après. Autrement dit, vous pouvez voir la balance stagner alors que votre silhouette et votre tour de taille changent. Passé ce cap de deux ans, les courbes de masse grasse et de masse maigre se sont stabilisées dans cette cohorte.

Ce que cela change pour une patiente sous Mounjaro :

  • Le poids seul ne dit pas tout. Un tour de taille qui diminue alors que la balance bouge peu reste un signal encourageant. C’est d’ailleurs l’un des critères de l’analyse de SURMOUNT-1 ci-dessus.
  • Le muscle devient un enjeu. Si la ménopause tire déjà la masse maigre vers le bas, une perte de poids rapide mérite une attention particulière à cette composante.
  • Le calendrier compte. La phase de transition est celle où les changements sont les plus rapides ; la patience et le suivi régulier valent mieux qu’un jugement sur une seule pesée.

Mounjaro fait-il perdre du muscle et de l’os à la ménopause ?

Mounjaro fait perdre surtout de la graisse, mais aussi du muscle : dans la sous-étude DXA de SURMOUNT-1, environ 75 % du poids perdu était de la masse grasse et 25 % de la masse maigre. Cette proportion était proche sous placebo. Aucune sous-étude n’a mesuré spécifiquement ces proportions chez les femmes ménopausées, et l’effet sur l’os reste peu documenté.

Le détail vient de Look et ses collègues dans Diabetes, Obesity and Metabolism (2025) : 160 participants de SURMOUNT-1 (dont 73 % de femmes) ont passé une DXA au départ et à 72 semaines. Sous tirzépatide, le poids a baissé de 21,3 %, la masse grasse de 33,9 % et la masse maigre de 10,9 % (contre 5,3 %, 8,2 % et 2,6 % sous placebo). Les proportions sont restées cohérentes dans la plupart des sous-groupes, y compris par tranche d’âge et par sexe. Attention : le groupe est petit et il ne s’agit pas d’une étude de la ménopause.

Pour l’os, le tableau est plus flou. Le résumé des caractéristiques du produit européen que nous avons consulté ne mentionne pas d’effet particulier de Mounjaro sur la densité osseuse. Une revue de 2026 sur les agonistes du GLP-1 dans la ménopause conclut qu’il faut des études plus larges, notamment sur la densité osseuse. La Société espagnole de ménopause, de son côté, inscrit le muscle et le risque de fracture dans le cadre de suivi de ces traitements.

Ce que recommandent ces experts, et que vous pouvez aborder avec votre médecin :

  • Du renforcement musculaire, plutôt que de la seule marche. Notre article sur la prévention de la perte musculaire sous GLP-1 détaille la démarche.
  • Un apport suffisant en protéines, à calibrer avec un professionnel selon votre situation.
  • Une discussion sur votre risque de fracture si vous avez des antécédents familiaux, un petit gabarit ou un traitement qui fragilise l’os.
  • Un suivi de la peau et de la silhouette : à propos de la peau relâchée après une perte de poids, on peut agir tôt.

Mounjaro et traitement hormonal de la ménopause : peut-on les associer ?

Aucune étude ne répond directement à cette question : le résumé des caractéristiques du produit européen de Mounjaro ne traite pas du traitement hormonal de la ménopause (THM). La seule interaction hormonale qu’il documente concerne un contraceptif oral combiné, et elle ne permet pas de conclure pour le THM. Les données manquent.

Voici ce que dit exactement le dossier européen de Mounjaro. Une dose unique de tirzépatide (5 mg) donnée avec un contraceptif oral combiné (éthinylestradiol et norgestimate) a réduit le pic sanguin de l’éthinylestradiol de 59 % et son exposition totale de 20 %, avec un retard d’environ 4 heures. Le texte conclut que cette baisse après une dose unique n’est pas considérée comme cliniquement pertinente et qu’aucun ajustement de dose du contraceptif n’est requis. Le mécanisme avancé est le ralentissement de la vidange de l’estomac.

On peut en déduire un raisonnement, et il ne s’agit que d’un raisonnement : un médicament pris par la bouche passe par l’estomac, un patch ou un gel cutané non. Les formes orales de THM pourraient donc être plus concernées que les formes transdermiques, mais aucune étude ne l’a testé. Une revue publiée en 2026 dans Maturitas par Viana et ses collègues arrive à la même prudence : aucune donnée n’existe pour les progestatifs utilisés dans le THM ou en gynécologie, l’interaction est « biologiquement plausible mais non prouvée », et un éventuel risque se concentrerait au début du traitement et lors des augmentations de dose, puisque l’effet sur la vidange gastrique est maximal après la première dose.

Dernier élément, côté efficacité : l’association entre THM et perte de poids plus marquée a été observée avec le sémaglutide, mais la Société espagnole de ménopause la juge simplement « génératrice d’hypothèses » et précise qu’elle ne doit pas justifier de démarrer un THM pour mieux maigrir. Vos deux prescripteurs, ou votre médecin si c’est le même, doivent connaître les deux traitements. Ne modifiez pas, n’arrêtez pas et ne fractionnez pas l’un ou l’autre de votre propre initiative.

Mounjaro en périménopause : faut-il garder une contraception ?

Oui, tant que votre médecin n’a pas confirmé la ménopause. Le résumé des caractéristiques du produit européen recommande aux femmes en âge d’avoir des enfants d’utiliser une contraception sous tirzépatide, et demande d’arrêter le traitement au moins un mois avant une grossesse planifiée, en raison de sa longue demi-vie.

La périménopause est précisément la période où les règles deviennent irrégulières sans que la fertilité ait disparu : des cycles espacés ne valent pas ménopause. Si vous prenez une pilule, la question à poser à votre médecin ou à votre pharmacien est celle de la méthode la plus adaptée, notamment au moment du démarrage et des augmentations de dose, puisque c’est là que l’effet sur la vidange gastrique est le plus marqué. Nous détaillons ce point dans notre article sur Mounjaro et la contraception orale.

Quels symptômes surveiller sous Mounjaro à la ménopause, et quand consulter ?

Sous Mounjaro, certains signes justifient d’appeler votre médecin, quel que soit votre âge, et la ménopause en ajoute quelques-uns à garder en tête. Les troubles digestifs prolongés sont le premier : le résumé des caractéristiques du produit européen avertit qu’ils peuvent conduire à la déshydratation, et recommande de boire suffisamment.

  • Vomissements ou diarrhées qui persistent, avec soif intense, urines rares ou vertiges : risque de déshydratation. Des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes pourraient aggraver les pertes en eau, c’est une déduction de notre part, pas une donnée.
  • Douleur intense au ventre ou sous les côtes, surtout après un repas : le RCP signale des événements de la vésicule biliaire (lithiase) avec ces traitements, à signaler sans attendre.
  • Faiblesse musculaire, essoufflement à l’effort inhabituel, douleur osseuse ou chute : à évoquer pour faire le point sur le muscle et l’os.
  • Saignements vaginaux inhabituels, notamment après la ménopause : ils ne se mettent pas sur le compte du traitement avant un avis médical.
  • Retard de règles inexpliqué en périménopause : pensez à la possibilité d’une grossesse et parlez-en avant la prochaine injection.
  • Sommeil, humeur ou bouffées de chaleur qui s’aggravent : une revue de 2026 rapporte quelques études évoquant un effet des agonistes du GLP-1 sur les symptômes vasomoteurs, mais elles sont trop limitées pour en faire une indication.

Pour le quotidien, notez vos pesées, vos injections et vos effets secondaires dans l’application MounjaGO : le rapport PDF aide à montrer à votre médecin l’évolution sur plusieurs semaines. Et calculez votre IMC et votre projection de perte de poids, ou comparez le prix du Mounjaro et son remboursement, avant la consultation.

Quelles sont les limites de ces données ?

Les données sur Mounjaro à la ménopause sont rares, récentes et pour la plupart issues d’analyses secondaires financées par le fabricant. Elles décrivent des moyennes de groupe et ne prédisent pas ce que vous observerez. Plusieurs limites encadrent donc leur lecture.

  • L’analyse par stade reproductif est post hoc : les femmes ont été classées après l’essai, et les essais n’avaient pas été conçus pour la ménopause.
  • La sous-étude DXA ne porte que sur 160 personnes, dont 73 % de femmes, sans analyse spécifique de la ménopause.
  • Nous n’avons pas trouvé de données publiées sur la densité osseuse, les fractures ou les symptômes vasomoteurs sous Mounjaro chez les femmes ménopausées.
  • Aucune donnée n’existe sur l’association entre Mounjaro et les formes de THM, oral ou transdermique, ni sur les progestatifs utilisés pour protéger l’utérus.
  • Les chiffres du sémaglutide chez les femmes ménopausées n’ont pas pu être vérifiés ici.
  • Le résumé des caractéristiques du produit évolue : vérifiez la version en vigueur auprès de votre pharmacien.

Questions fréquentes

Mounjaro marche-t-il aussi bien après la ménopause ?

Dans l’analyse post hoc de SURMOUNT-1, les femmes ménopausées ont perdu en moyenne 23 % de leur poids sous tirzépatide, contre 26 % en préménopause et 23 % en périménopause. L’écart avec le placebo est resté net dans les trois stades. Ces chiffres sont des moyennes de groupe, pas une promesse individuelle.

Peut-on prendre Mounjaro avec un traitement hormonal de la ménopause ?

Aucune étude ne l’a évalué : les données manquent. Le seul effet documenté concerne un contraceptif oral combiné, avec une baisse de l’absorption jugée non cliniquement pertinente par le fabricant et l’EMA. N’arrêtez ni ne changez votre THM seule : parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Mounjaro aggrave-t-il la perte musculaire de la ménopause ?

Aucune étude ne le mesure spécifiquement chez les femmes ménopausées. Dans la sous-étude DXA de SURMOUNT-1, environ un quart du poids perdu était de la masse maigre, une proportion proche de celle du placebo. Le renforcement musculaire et un apport suffisant en protéines sont les mesures préconisées par les experts.

Mounjaro soulage-t-il les bouffées de chaleur ?

Rien ne permet de l’affirmer. Une revue de 2026 évoque quelques études suggérant une amélioration des symptômes vasomoteurs avec les agonistes du GLP-1, mais elles sont limitées et ne concernent pas spécifiquement Mounjaro. Mounjaro n’est pas un traitement des symptômes de la ménopause.

Sources

  1. Tchang BG, Mihai AC, Stefanski A et al. « Body weight reduction in women treated with tirzepatide by reproductive stage: a post hoc analysis from the SURMOUNT program ». Obesity, 2025. PMID 40074721, consulté le .
  2. Greendale GA, Sternfeld B, Huang M et al. « Changes in body composition and weight during the menopause transition ». JCI Insight, 2019. PMID 30843880, consulté le .
  3. Look M, Dunn JP, Kushner RF et al. « Body composition changes during weight reduction with tirzepatide in the SURMOUNT-1 study ». Diabetes, Obesity and Metabolism, 2025. PMID 39996356, consulté le .
  4. Jastreboff AM, Aronne LJ, Ahmad NN et al. « Tirzepatide once weekly for the treatment of obesity » (SURMOUNT-1). New England Journal of Medicine, 2022. PMID 35658024, consulté le .
  5. Agence européenne des médicaments, Mounjaro : EPAR et résumé des caractéristiques du produit (rubriques 4.4, 4.5 et 4.6). ema.europa.eu, consulté le .
  6. Viana DPDC, Invitti AL, Jacobsen L, Schor E. « Tirzepatide and oral progestogens: a hypothesis-generating review… ». Maturitas, 2026. PMID 42721915, consulté le .
  7. Sánchez-Prieto M, Romero-Domínguez M, Orozco R et al. « Incretin-based therapies in peri- and postmenopausal women with obesity: an expert position statement from the Spanish Menopause Society ». Maturitas, 2026. PMID 42664617, consulté le .
  8. Graczyk NA, Bisschops J. « GLP-1 receptor agonists for obesity and symptoms in menopause: a review ». Cureus, 2026. PMID 41704988, consulté le .

Avertissement médical. Cet article a une vocation strictement informative et ne remplace pas un avis médical. Les chiffres cités sont des moyennes d’essais cliniques et ne préjugent pas de votre résultat individuel. Rien ici ne constitue une recommandation de dose, de traitement hormonal ou de contraception : toute décision de commencer, de modifier ou d’interrompre un traitement doit être prise avec votre médecin ou votre pharmacien. Dossier arrêté au 5 octobre 2026.